une chouette rencontre

Les dangers nés de l’illusion

Annette ne demande que ce qu’elle est prête à donner : du romantisme et ces « toutes petites choses » qui lui assureraient le sentiment d’être aimée et aimée pour elle-même. Caroline réagit avec une vigueur réprobatrice : « Je ne me sens pas protégée par Jacques. Il ne saurait absolument pas me défendre si nous nous trouvions dans une situation dangereuse et il ne sait rien faire dans la maison. » Yvonne, lorsqu’elle décrit sa relation avec Luc, relativement récente mais pleine de promesses, déclare : « Il me semble que, s’il m’aimait autant qu’il le dit, il voudrait se marier. Je n’ai pas le temps d’attendre des années qu’il se décide. » Quand nous nous engageons dans une relation amoureuse, nous avons tous plus ou moins l’espoir secret que notre partenaire, d’une certaine manière, changera. Nous croyons en secret que les petites manies, les habitudes exaspérantes et tous les petits désagréments disparaîtront par magie. Notre désir d’être avec quelqu’un d’autre est en grande partie fondé sur des souhaits et des espérances, de sorte que, lorsque notre amoureux ne change pas, nous sommes d’abord surpris, puis déçus et désabusés. Au fur et à mesure que nous prenons conscience que notre partenaire ne voudra pas ou ne pourra pas se transformer pour se conformer à nos besoins, nous commençons à exprimer des exigences subtiles mais répétées qui, sans que nous l’ayons voulu, pourront provoquer son éloignement. A partir de quand cette attente se transforme-t-elle en exigence abusive? Devriez-vous vous inquiéter de ce que vous demandez trop, chaque fois que vous faites part de vos désirs à un homme ? La communication dans une relation affective n’est-elle pas justement fondée sur ces allers et retours constants du plaisir au déplaisir ? Qu’est-ce qui est raisonnable et qu’est-ce qui est excessif ? Tout d’abord, personne n’a d’exigences et de demandes si exagérées qu’elles finissent par étouffer l’amour du partenaire dont on a besoin et qu’on désire. Les hommes comme les femmes ont, dans une relation affective, des exigences normales et naturelles. Mais les femmes peuvent exercer sur les hommes certaines pressions susceptibles d’entamer l’amour, de conduire au ressentiment et, en fin de compte, de provoquer la perte de la confiance et du bien-être. Revenons au point de départ. Si nous nous penchons sur la première phase de la rencontre, nous réalisons qu’elle est fondée sur l’acceptation. Au tout début, nous avons tous tendance à penser que notre partenaire est fantastique. Ou bien nous passons sur ses défauts, ou bien nous les prenons pour des qualités, ce qui fait partie du tableau de la séduction et de l’attirance. Dans les premières semaines ou les premiers mois, l’amour n’est pas forcément aveugle, mais, à coup sûr, il est myope ! L’acceptation de l’autre, ce sentiment merveilleux qu’il est digne de notre amour, constitue sans doute l’ingrédient le plus important entrant dans le processus du lien entre femmes et hommes. Nous pensons que notre amoureux, ou la femme qui nous aime, apprécie ce qu’il, ou elle, découvre, et nos insécurités fondent lentement à cette chaleur que nous éprouvons à être appréciés pour ce que nous sommes. Nous ne pouvons nous détacher l’un de l’autre, nos amis nous voient beaucoup moins et, dans le cocon de notre amour, nous nous sentons sublimement complets, entiers. Au fur et à mesure que le coup de cœur s’approfondit en amour, l’acceptation devient plus discriminatoire et conditionnelle. Plus nous sommes à l’aise dans la relation et nous sentons engagés, plus nous devenons critiques, et donc, plus facilement déçus. Nous commençons à voir les « pieds d’argile » de notre partenaire. Lorsque nos espoirs se transforment en désillusions, nous faisons souvent une chose étrange : au lieu d’en conclure que nos désirs sont irréalistes, nous commençons à construire de nouveaux espoirs ou à regretter ceux que nous avions. Ces attentes, même lorsqu'elles sont ignorées de notre compagnon, s’additionnent lentement ; elles acquièrent une qualité cumulative au fur et à mesure que nous insistons pour que nos désirs soient satisfaits. Cette escalade aboutit à une sorte de toxicité qui affecte la relation de façon destructrice. Nous connaissons tous des gens qui se plaignent sans cesse d’un défaut de leur partenaire, mais nous savons qu’il n’y a pas la moindre chance qu’il disparaisse. Et pourtant, ils continuent inlassablement, sans se rendre compte que leur manque de tolérance sème les graines d’un ressentiment qui lèvera bientôt chez leur compagnon.

QUE PEUT-ON « RAISONNABLEMENT » ESPÉRER?

Quels sont vos droits lorsque vous entendez exiger quelque chose de votre compagnon ? Comment savoir si vous dépassez la limite et si vos espérances deviennent excessives ou irréalistes ? La réponse n’est pas aussi simple qu’on pourrait le souhaiter, car certaines demandes sont justes, d’autres ne le sont pas, et certaines des exigences les moins appropriées sont parfois celles auxquelles on a le plus de mal à renoncer. Dans notre vie quotidienne, nous avons tous des exigences vis- à-vis de nos partenaires. Pour la plupart, ils s’en accommodent et, dans la limite de leurs possibilités, changent pour pouvoir y répondre. Il existe tout un éventail de demandes réalistes qui non seulement sont raisonnables, mais également nécessaires : lorsque nous ne les imposons pas, nous courons le risque de passer pour « allant de soi » et d’en perdre notre identité propre. Considérons quelques-unes de ces exigences. Nous avons tous le droit d’espérer que nos différences soient tolérées. Nous ne Sommes pas des siamois collés l’un à l’autre ; nous ne pensons, n’agissons et ne sentons pas les choses de la même façon. Nous pouvons tous à juste titre attendre la satisfaction de nos besoins fondamentaux : l’affection et la sécurité en premier lieu. Il est sain de revendiquer un épanouissement personnel et que notre mode d’expression soit encouragé ou, au minimum, ne soit pas entravé. Il est juste de vouloir qu’une union soit essentiellement fondée sur l’égalité. Et les relations affectives étant en constante évolution, nous pouvons souhaiter que les problèmes concernant le couple soient abordés avec honnêteté, clarté et intégrité. Et c’est à peu près tout : toutes les autres demandes que nous adressons à nos partenaires sont quelque peu discutables. Nous ne pouvons exiger qu’un compagnon pense ou sente exactement comme nous, en particulier lorsqu’on en vient à l’expression émotionnelle et au bien-être lié à l’intimité. Ni davantage espérer avoir le même rapport au temps face à l’engagement. Et, par-dessus tout, nous ne pouvons pas demander à un partenaire de résoudre nos problèmes personnels, surtout lorsqu’il s’agit de nos combats contre nos propres sentiments d’insécurité et de dévalorisation. Quand nous sommes sûrs de nous et contents d’être comme nous sommes, les demandes que nous formulons ne sont jamais excessives. Mais quand nous nous efforçons d’apaiser nos doutes ou nos peurs intérieures, elles peuvent devenir pesantes et nous faisons alors pression de manière injuste et irréaliste sur notre partenaire pour que ce soit lui qui change. Les espérances irréalistes sont sources d’échec, car nous cherchons des solutions extérieures à des problèmes très personnels et intérieurs. Combien de fois avez-vous entendu quelqu’un dire : « S’il m’aimait vraiment, il voudrait m’épouser autant que je veux l’épouser » ? Les hommes sont tout aussi capables que les femmes d’amour et d’attachement profonds, mais leur rapport au temps est souvent très différent de celui d’une femme. En fait, le fondement de la résistance que manifeste un homme vis-à-vis du mariage peut même provenir du malaise qu’il éprouve face à la profondeur de son besoin de cette femme et de son amour pour elle. Celle qui pousse l’homme à s’engager trop vite agit par besoin de calmer son sentiment d’insécurité — et non par amour ou à cause d’une réelle sensibilité commune. Des exigences tombant aussi mal ont inévitablement des conséquences, car il s’agit ici du besoin de la femme plutôt que de ce qui serait véritablement heureux pour le couple. Un autre exemple d’attentes irréalistes vient de notre désir d’accomplissement ou de valorisation personnelle. Nous aspirons tous à sentir que nous sommes chéris et estimés. De tels sentiments viennent accroître la confiance que nous avons en nous et notre aptitude à être aimés. La femme qui se sent incomplète sans un homme, amoindrie par l’absence de complicité et de partage, peut finir par voir les hommes davantage comme solutions à son problème que comme partenaires.

LORSQU’UN HOMME PENSE QU’IL N’EST PAS À LA HAUTEUR

Les hommes réagissent de manière instinctive aux demandes des femmes : ils savent reconnaître leurs justes exigences, même s’ils ont du mal à les admettre et savent aussi quand elles sont excessives. Cela ne veut pas dire que l’homme a toujours raison, mais révèle son extrême sensibilité au fait qu’on lui demande de toujours être « à la hauteur ». Pendant la plus grande partie de leur vie adulte, les hommes se sentent obligés de se conformer à certaines normes, que ce soit dans leur vie professionnelle ou avec les femmes qui partagent leur vie. Pour eux, être à la hauteur est tout à la fois un but et un fardeau. Ils doivent « y arriver », que ce soit sur leur lieu de travail ou dans la chambre à coucher. Depuis leur enfance, ils se mesurent à cette injonction d’être forts, capables d’entrer en compétition avec les autres hommes, et de ne pas voir leur « virilité » remise en question. Ils ont toujours été le réceptacle de telles exigences. Cela ne veut pas dire que les femmes ne le sont pas aussi ; elles subissent des pressions semblables depuis l’enfance, car la société leur indique, et pas en termes vagues, ce qu’elles doivent faire pour être de « vraies » femmes. Lorsqu’une femme, soit directement soit par insinuation, suggère à un homme de changer pour répondre à ses demandes, celui-ci peut se sentir humilié ; il pense qu’il n’a pas été à la hauteur et se sent accablé, plein de ressentiment. Et, le plus souvent, il sera incapable de traduire son ressentiment en mots. Ce type de demande insistante enclenche une succession d’événements qui entraîne la relation dans une spirale descendante. Tout d’abord, l’homme se sent de plus en plus responsable du bien-être de sa femme. Et les hommes cherchent à fuir cela, de la même manière qu’une femme peut fuir le sentiment d’être responsable du bien- être d’un homme. Ces exigences exposent aussi un homme à se sentir éventuellement minable, honteux de ne pas être « mieux », ou davantage « l’homme que la femme voudrait qu’il soit ». A un niveau émotionnel primaire, les exigences de la femme peuvent même réveiller des souvenirs inconscients mais puissants, comme s’il était grondé par sa mère et devenait l’objet de son mépris sans pouvoir rien faire. C’est particulièrement vrai lorsque les récriminations de la femme revêtent un ton inlassablement critique. Elles créent un conflit chez l’homme, étant donné qu’instinctivement il désire plaire à la femme qu’il aime. Il cherche son approbation et il en a besoin. Lorsqu’un homme a constamment le sentiment qu’il n’est pas, aux yeux de sa femme, « à la hauteur », cela déclenche un conflit entre sa confiance en lui et son désir de se conformer à l’image idéale qu’elle a de lui. Les réactions masculines devant des exigences excessives sont malheureusement souvent travesties et cachées. Il est rare qu’un homme reconnaisse ouvertement qu’il se sent minable ou coupable de ne pouvoir atteindre certaines normes. Au lieu de quoi, la seule manifestation de son malaise peut être la colère et un ressentiment exagéré. Les hommes ne sont pas du tout à l’aise s’ils ont, trop longtemps, l’impression d’être décevants, mais ils ont également du mal à dire à une femme ce qu’ils éprouvent. Dans la plupart des cas, la chaîne des réactions est pratiquement prévisible. Les conflits que les exigences de la femme déclenchent entraînent tout d’abord un sentiment de culpabilité, ensuite un ressentiment tenace et, en fin de compte, si ces demandes sont incessantes, un rejet, de la colère et la mort de l’amour.